Affaires Vision 2025 Québec : les grands débats ont-ils eu lieu ?

La formule de l’évènement « Affaires vision 2025« , organisé par un regroupement de 3 Chambres de commerce de la région, basée sur une approche d’intelligente collective était alléchante et j’avoue avoir tout de suite accroché à l’idée et à ce thème fort prometteur. Cette formule est source à mon sens de créativité et de brassage d’idées et j’aurais aimé, sans un conflit d’agenda, me mêler à ce débat d’idées et à ces « discussions de café » qui me rappellent tant ma culture européenne. Et le thème en soi avait tout pour susciter de l’intérêt et soulever l’enthousiasme : le futur économique se conjugue en effet de plus en plus au présent tant l’anticipation est devenue nécessaire pour prendre le virage des grandes tendances mondiales en terme de développement économique régional. 

Par contre, le résultat affiché m’interpelle un peu. Et j’ai ressenti une véritable déception à la lecture de la liste des pistes principales d’actions dites créatives, mobilisatrices et porteuses d’avenir retenues lors de l’événement :
   – Réseau intégré tramway, skytrain, vélo, marche
   – École d’été innovante intergénérationnelle et intersilo
   – Cité éducative Québec-Lévis
   – Système multilingue souple et mentorat
   – Lien fluvial Québec-Lévis
   – Décloisonnement affaires, culture et éducation
   – de l’entrepreneuriat et du succès entrepreneurial
   – Saint-Roch multiculturel habité et animé
   – Port de Québec : terminal intermodal
   – NeuroCité, INO, Boîte à Sciences

Certes, les projets recensés présentent, j’en conviens, tous un intérêt certain pour la ville de Québec et sa région. Mais j’y vois des manques flagrants dans un contexte de balance démographique négative et de pénurie croissante de main d’oeuvre qualifiée. Aucun projet ne mentionne ou ne fait référence à l’ouverture à l’international de la région ni à sa volonté de faire appel à l’immigration pour rééquilibrer sa pyramide des âges ou encore à son pouvoir d’attirer des entreprises étrangères. Enfin le poids des projets dits « éducatifs » me semble disproportionné bien que je sois un fervent partisan de l’impact de la culture sur le développement global d’une société.

Et devant l’énoncé des mots-clés qui sont le plus souvent ressortis des exercices de réflexion soient : CREATION, TRANSPORT, INNOVATION et EDUCATION, on ne trouve par exemple aucune référence à l’entrepreneuship et au financement de nouvelles entreprises.  A t-on donc déjà oublié que le dernier rapport de la Fondation de l’entrepreneurship du Québec, sorti il ya seulement quelques mois, met en évidence le retard inquiétant du Québec en terme de création d’entreprises (voir mon billet sur le sujet), que les statistiques du capital de risque québécois affiche un « zéro pointé » pour ce qui touche à l’investissement d’amorçage pour les 3 premiers mois de 2009 ?

Je me questionne alors sur le regard collectif des gens d’affaires de la région ou sur la dynamique de base qui était destinée à libérer la créativité. Il m’apparait aussi, en consultant la liste des visionnaires choisis pour donner les mini-conférences destinées à susciter la réflexion, qu’elle ne reflétait pas vraiment la diversité culturelle dont la région à besoin et qui sera un des ces atouts pour le futur tant sur un plan social qu’économique. Cette diversité qui fait la force des grandes métropoles mondiales et aussi leur dynamisme et leur ouverture sur le monde. Avec la dépression économique prévisible et la confirmation d’un déficit annoncé de plus de 350 000 emplois à l’horizon 2030,  j’ai l’impression d’avoir affaire à une copie soignée mais terriblement incomplète !!

Mais étant donné que ce n’était qu’une première édition et qu’il y a toujours place à amélioration, j’ai choisi un angle critique plutôt qu’une sastisfaction béate qui est génératrice de suffisance. Gageons que si une deuxième édition prend forme, les organisateurs sauront alors lui donner plus de couleur ! Un bel évènement est clos mais le débat reste ouvert…

  • http://www.dlrsc.com Michel Fernet

    Oui Francis, cet évènement a un grand mérite, ne serais que de sortir les gens du quotidien pour penser, imaginer, toucher du bouts des doigts autre chose que le bout de son nez; la recherche d’une vision de société.

    Par ailleurs, la vision à long terme, comme se plaisent à en faire des dessins à travers les brumes, les chinois tout particulièrement,s’en font un devoir d’y trouver la quadrature du cercle, à chaque tournant de leur planification. Et pour eux, le long terme fait peur. Entre 25 et 50 ans. Impensable pour un nord américain.

    Aussi, pourquoi ne serions pas plus ambitieux et se poser des questions plus ouvertes sur le type de ville et de région que nous aimerions habiter dans vingt cinq ou quarante ans, et moins forcer la question sur des thèmes fermés comme des propositions à valider? On ne doit pas se limiter à trouver pour demain les solutions aux problèmes courants, même si se sont des incontournables questions auxquelles nous devons tôt ou tard répondre. Mais ce genre de rencontre pourrait permettre aux gens de s’éclater davantage, quitte à refaire l’exercice à tous les cinq ans pour façonner l’avenir avec un peu plus de certitude de fois en fois.

    De la façon dont les thèmes sont élaborés, nous pourrions simplement réunir des initiés des différents domaines et prendre les décisions. Et dans ce cas, ce n’est plus une question de vision, mais de planification et de réalisation de projets.

    • http://www.viadeo.com/recherche/profil/index.jsp?memberId=0021c49c7tvm9hym&distance=2&fullNa Francis Bélime

      Salut Michel, je me doutais que tu serais prompt à répondre tant tu es concerné et impliqué dans le développement économique régional depuis longtemps. Il y a des idées à creuser dans tes suggestions. A suivre donc…

  • http://www.jsbouchard.com Jean-Sebastien Bouchard

    Cher Francis, j’ai répondu à ton commentaire sur mon blogue ici: http://www.jsbouchard.com/2009/05/necoutez-pas-ceux-qui-savent-ce-qui-nest-pas-possible/#comment-2787